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Les Priapiques

Cum cunno mihi mentula est vocanda.

Entraves V

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Au lycée (1/n)

Dans ma jeunesse, j’ai fréquenté un lycée qui se trouvait être voisin d’un lycée professionnel – d’ailleurs la cantine et le terrain de sport étaient en commun. Les équipes pédagogiques avaient eu la bonne idée de proposer quelques ponts entre les deux univers et c’est ainsi que j’ai eu pendant ma scolarité quelques cours d’initiation au dessin industriel ou à l’usinage mécanique. C’était facultatif bien sûr, puisque ça n’était pas à notre programme, mais j’adorais ça.

On ne va pas se mentir, il n’y avait pas que la mécanique qui m’intéressait. Il y avait aussi les élèves. De notre côté du monde, dans l’enseignement général, les mecs étaient majoritairement des gringalets à peine pubères bien propres sur eux ; de l’autre côté, dans l’enseignement professionnel, ce n’était que bad boys, poils, muscles, coupes de cheveux punks et bleus de travail maculés de taches de cambouis. Sexuellement, c’était tout de même bien plus attrayant !

J’étais assez proche de l’un de ces élèves du monde d’en face, un certain JiPé. On se voyait pas mal en dehors du bahut pour bricoler nos mobylettes, boire des bières, jouer au flipper ou aller au ciné. Et discuter de cul, vu que le mec était littéralement obsédé sexuel. (Comment ça, moi aussi ? Je ne vois pas de quoi tu parles.) Il était incapable de croiser une meuf sans la draguer lourdement, avait des théories extravagantes sur l’orgasme féminin, enregistrait le porno de Canal+ chaque premier samedi du mois pour nous le montrer ensuite en commentant doctement les performances des actrices. C’était en tout cas l’image publique qu’il voulait donner ; parce que lorsque j’étais seul avec lui, les choses étaient, disons… plus ambiguës. Tout était prétexte à me toucher, un canapé trop étroit qui l’obligeait à s’assoir cuisse contre cuisse, la foule dans le métro qui le plaquait contre moi, ou bien la balade sur le porte-bagage de ma mobylette qui le contraignait à s’agripper à ma taille. À la piscine, nous prenions une cabine pour deux parce qu’il trouvait ça plus sympa pour se changer. Un jour, il m’expliqua qu’il m’aimait bien parce que j’étais son seul pote qui acceptait tout ça. Un autre jour, il m’avoua que ce qui l’excitait dans les films pornos, c’était aussi certains acteurs. Un autre jour encore, il m’avoua qu’il adorait se branler dans son bain avec un doigt dans le cul. Tu vois le genre.

Rétrospectivement, l’affaire était claire ! Mais à l’époque j’étais jeune, pas très à l’aise avec l’homosexualité (même si j’avais déjà eu quelques expériences), bref, il fallait me mettre les points sur les « i ». Ce qu’il fit à l’atelier, un jour où ses hormones étaient hors de contrôle.

J’étais en train d’usiner une pièce sur un tour à commande numérique quand soudain il débarque, me demande si tout va bien, si j’ai besoin d’aide, etc. On discute cinq minutes de mécanique, mon usinage se termine, j’arrête la machine, je desserre le mandrin et je sors la pièce, un gros barreau en acier. Il l’attrape, serre ses doigts autour comme pour en estimer le diamètre et me sort :

— Hum, belle pièce. C’est plus gros ou moins gros que ta bite ?
— Haha, t’es con ! J’en sais rien, faudrait mesurer…

Et avant même que j’ai le temps d’aller plus loin, il m’attrape fermement l’entrejambe. Une décharge de taser m’aurait moins fait sursauter ! Érection immédiate, comme tu l’imagines bien. Je regarde autour de nous. Personne n’a rien remarqué, le prof écrit au tableau et les autres élèves sont concentrés sur leurs machines. Je chuchote.

— Mais arrête, tu fous quoi ?
— Je tâte pour voir si t’as une grosse bite. Tu n’aimes pas ça ?
— Pas maintenant, il y a du monde !
— Donc tu aimes ?

J’hésite avant de répondre. Dans ce lycée de banlieue, au milieu des années 80, passer pour un pédé est absolument hors de question. Le risque est au mieux de se faire harceler jusqu’à la fin de l’année, au pire de se faire casser la gueule. Par contre, se tripoter entre mecs, ça passe, c’est même assez courant à ce que j’en sais ; mais à condition de ne pas montrer qu’on aime ça. Si on n’aime pas ça, ce n’est pas pédé. La règle tacite que tout le monde respecte, c’est que chacun doit faire croire à l’autre qu’il le fait à contre-cœur, juste « pour dépanner ».

— Non mais c’est surtout qu’il y a du monde, si on nous voit, on va nous prendre pour deux pédés.
— Ouais t’as raison. Je vérifierai la taille de ta bite une autre fois, quand on sera tranquille.
— Si ça t’amuse…

J’étais plutôt satisfait de ma réponse. Si ça t’amuse, sous-entendu : tu peux me tripoter la bite autant que tu veux, ça m’indiffère, c’est toi qui vois, je ne vais quand même pas priver un pote de ce qui lui fait plaisir. Et des points de suspension (tu as remarqué comment certains points de suspension s’entendent parfaitement à l’oral ?), sous-entendu : mais vas-y, j’en rêve, tu fous quoi, qu’est-ce que tu attends pour t’y mettre ?

L’occasion se présenta deux jours plus tard.

(À suivre…)

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Entraves IV

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Entraves III

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Entraves II

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Entraves I

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Contention

Comme à son habitude, l’infirmier entra dans la chambre sans frapper. Après tout, il était partout chez lui, dans cet hôpital. Dans sa main, il tenait un fil au bout duquel se balançait une petite tondeuse électrique. Il s’approcha du lit en souriant.

— Alors, c’est aujourd’hui le grand jour ?
— Il paraît !
— Ne vous inquiétez pas, cela va bien se passer. C’est une opération tout à fait banale.
— J’espère…
— On va vous préparer. Pour commencer : je ne veux plus un poil depuis le nombril jusqu’à mi-cuisse ! Question d’hygiène.

Il brancha la tondeuse sur la prise à la tête du lit et souleva la couverture. Le patient eut un mouvement de gêne ; non pas qu’il n’avait pas l’habitude d’être nu devant des garçons, mais il préférait habituellement que ce soit en d’autres circonstances. L’infirmier dut le percevoir, car il ajouta aussitôt :

— Oh, vous préférez peut-être le faire vous-même ? Je vous laisse la tondeuse et je reviens tout à l’heure, si vous voulez.
— Oui, si ça ne vous embête pas.
— Aucun problème, je comprends.

L’infirmer posa la tondeuse sur le matelas et se dirigea vers la porte. Mais était-ce sa façon de parler ? Son air de daddy mal rasé ? Son dos taillé en V ? Son cul parfait qu’on devinait sous sa blouse ? Ou plus simplement le fait que son patient était tombé sur son profil Recon dix minutes plus tôt et que par conséquent, il savait tout de ses fantasmes ? Toujours est-il que ce dernier se ravisa.

— Non, attendez !
— Oui ?
— Il y a un service psy dans cet hôpital, non ?
— Euh, oui, bien sûr, mais quel rapport ?
— Je veux bien que vous vous occupiez de mes poils, mais à une condition.
— Laquelle ?
— Vous allez chercher des sangles de contention et vous m’attachez au lit d’abord.

L’infirmer eut un grand sourire. « Je vois. » Il s’absenta et revint un instant plus tard avec tout le matériel nécessaire. Il avait l’habitude ; en un tournemain, le patient se retrouva solidement sanglé, les poignets aux barrières latérales et les chevilles au pied du lit.

L’infirmier souleva la couverture. Cette fois-ci, le patient n’eut aucun mouvement de gêne. Il brancha la tondeuse et entreprit le rasage. D’abord le pubis. Puis les cuisses. D’une main experte, il écarta les couilles pour atteindre le creux de l’aine, un coup vers la gauche pour l’aine droite, un coup vers la droite pour l’aine gauche. Puis les couilles proprement dites, en tirant bien sur la peau pour que les lames de la tondeuse n’attaquent pas un repli par inadvertance. Puis enfin la bite, qu’il attrapa à pleine main pour la maintenir dans la position qu’il trouvait la plus commode pour y passer la tondeuse.

Le patient sentait sa peau tressaillir au passage des lames. C’était un mélange de peur d’être coupé ou blessé, et de jouissance d’être totalement à la merci de l’autre, de ne plus pouvoir rien contrôler. Plusieurs fois, alors que la tondeuse passait sur des zones sensibles, il ne put réprimer le réflexe de vouloir ramener ses mains sur son bas-ventre pour se protéger ; les sangles l’en empêchèrent et cela décupla son excitation. Et tandis que l’infirmier s’acharnait sur les derniers poils récalcitrants à la base de sa queue, il murmura soudain :

— C’est bon, vous pouvez la lâcher maintenant, elle tient toute seule.

L’infirmier s’exécuta et vit que cela était vrai. Satisfait, il rangea la tondeuse dans la poche de sa blouse, replaça la couverture sur ce sexe en érection et sortit de la chambre sans dire un mot. L’incertitude de ce qui allait arriver ensuite et la frustration de ne plus sentir les mains de l’infirmier sur son corps arrachèrent au patient un gémissement et un regard désespéré. Ses muscles se raidirent ; mais les entraves tinrent bon.

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Latex II

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Latex I

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Soirée arrosée

J’avais ce collègue adepte d’humour noir qui adorait ponctuer nos journées de travail d’aphorismes de son cru, des choses comme « les amis c’est comme les ballons, quand on leur met des coups de couteau, ils crèvent ! » ou bien « les amis c’est comme les bouteilles de bière, si on les laisse tomber d’assez haut, ils explosent ! » Et plus la tâche que lui confiait notre chef était pénible ou ennuyeuse, plus ses tirades devenaient cyniques, pour notre plus grand plaisir à tous.

Un matin, je ne sais quel problème particulièrement ennuyeux l’occupait, mais tout en pianotant sur son clavier, il lâcha dans l’open space : « les amis c’est comme les flocons de neige, quand on pisse dessus, ils disparaissent ! » Bon. Je ne vais pas t’apprendre que notre vie psychique est ainsi faite que plusieurs entités rivales y cohabitent et s’y affrontent ; et c’est ainsi qu’avant même que mon Surmoi n’ait pu l’en empêcher, mon Ça répondit à voix haute : « euh, on va dire que ça dépend des amis… » tandis que mon Moi, fort embarrassé, affrontait huit paires d’yeux interrogateurs.

— Tu as quelque chose à confesser, Virgile ?
— Tu fais pipi sur tes amis ?
— Tu es un adepte des soirées bien arrosées ?
— Je n’aimerais pas être ton ami, dis donc…

Le malaise ! Je me voyais mal raconter ce qui va suivre devant tout l’open space, aussi bredouillai-je quelques réponses évasives pour noyer la discussion ; mais une heure plus tard à la cantine, en comité restreint cette fois-ci, je n’échappai pas aux questions pressantes.

— Alors comme ça, pisser sur les gens, ça t’excite ?
— Absolument pas. Je trouve ça plutôt dégueulasse, même.
— Mais tu le fais quand même ?
— Oui. Enfin pas tous les jours, hein. Disons que ça m’est arrivé deux ou trois fois.
— Raconte.

J’hésitai un instant. Je savais d’expérience que les mecs avaient déjà du mal à trouver normal le sexe entre hommes ou avec des sextoys ou même tout simplement sans pénétration vaginale, alors l’idée qu’une pratique même pas sexuelle, sans orgasme à la clef, pût en exciter certains, ça allait leur sembler aussi pervers que pathologique ! Mais après tout, pourquoi doucher leur curiosité ?

— Bon. Si vous insistez. Alors voilà, j’ai un pote qui est fan d’uro. Vraiment. Il adore se faire pisser dessus. De préférence dans des positions bien humiliantes. Un urinoir humain.
— Mais c’est dégradant !
— Ouais, justement, c’est tout l’intérêt. C’est ça qui est bon.
— Je ne comprends pas.
— C’est normal, tu es hétéro. Bref. Et donc ce pote voulait que je lui pisse dessus. Pourquoi aurais-je refusé puisque lui, ça lui faisait plaisir et que moi, ça me soulageait d’une envie pressante, hein, franchement ?
— Vu comme ça… Et ensuite ?
— Bah il s’est foutu à poil dans sa baignoire, j’ai sorti ma bite et je lui ai pissé dessus, voilà. Pas de quoi en faire toute une histoire.

Un collègue reposa son verre de thé glacé en grimaçant. Un autre était manifestement choqué en mode too much information. Les autres semblaient plutôt amusés. S’ensuivirent de longues discussions, chacun se demandant s’il en aurait été capable à ma place, quelle impression cela devait faire tant du côté du donneur que du côté du receveur, quel plaisir on pouvait en tirer, et ainsi de suite. Ce ne fut toutefois qu’après un certain moment qu’un collègue mit le doigt sur le détail auquel je n’avais jamais pensé.

— Ce pote, ça l’a excité à mort que tu lui pisses dessus, si je comprends bien.
— J’imagine.
— Il bandait ?
— Demi-molle, je dirais.
— Tu vois où je veux en venir ?
— Non.
— Eh bien, ça veut dire que depuis, il a dû se branler des dizaines de fois en repensant à la scène. Autrement dit, tu as un pote qui se branle régulièrement en pensant à toi.

Je laissai mon Moi, mon Surmoi et mon Ça digérer cette idée. Après un court débat intérieur, les trois convinrent que c’était plutôt une bonne chose et je fis un grand sourire en guise de réponse.

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Woof

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Palettes

Elle me trottait dans la tête depuis longtemps, cette idée de ligoter un garçon aux palettes qui traînent dans mon garage. La forme de l’objet est parfaite pour y passer et y nouer des cordes ; et puis le bois, c’est chaleureux, ça donne une belle texture aux photos !

D’abord les pieds et les mains. Au bondage tape. Une sorte de film plastique, comme le film alimentaire, qui ne colle pas sur la peau mais qui colle sur lui-même. (D'ailleurs, c’est à peine moins pénible à manipuler, ça s'entortille et se recroqueville dès qu’on en coupe un bout et après c’est mort.) Tu fais quelques tours autour du poignet ou de la cheville, puis tu enchaînes avec quelques tours autour d’un barreau de la palette.

Tu peux attacher les mains le long du corps, mais je préfère les attacher en arrière au niveau de la tête. C’est une position moins naturelle qui renforce l’impression de vulnérabilité. C’est important, ce genre de petite attention, tu vois.

Ensuite, le bassin. Solidement et en serrant un peu, car la sensation de contrainte est essentielle pour le bien-être du sujet. Le bondage tape est trop élastique et trop fragile pour ça. Il faut de la corde. Tu attaches une cuisse à une latte de la palette avec quelques tours, puis l’autre cuisse, puis le bas-ventre. Un nœud plat immobilise le tout. Attention à la symétrie et à la disposition des brins : un ligotage irrégulier ou asymétrique est un ligotage raté !

Tu commettrais une erreur en attachant un sujet déjà nu ; tu le priverais de la sensation d’impuissance quand bientôt tu le déshabilleras de force. (Par contre, un photographe aura la présence d’esprit, contrairement à moi, de lui mettre un jean d’une couleur qui contraste avec celle de la corde…)

Évidemment, passer et repasser cette corde, faire des nœuds, ça prend du temps. Le sujet a tout le loisir de gamberger à ce qui va lui arriver. Et la demi-molle ne tarde pas.

Il ne reste plus qu’à lui bander les yeux, si ce n’est déjà fait, et à sortir le vrai matériel. Mais ça, je te laisse l’imaginer car comme on dit, what happens in my garage, stays in my garage.

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Beg an dorchenn

Il se murmure dans la région que la plage qui s’étend au nord de la Pointe de la Torche est nuitamment fréquentée par les garçons qui aiment les garçons. Je fus assez surpris de l’apprendre, car pour y être passé en plein après-midi, il m’avait plutôt semblé que l’endroit était prisé des campeurs et des familles nombreuses et qu’il offrait peu de recoins où s’isoler. Je ne suis pas un adepte de la drague en plein air, mais je devais en avoir le cœur net ; aussi m’y rendis-je un soir.

Je quittai la maison un peu tard ; une conduite sportive et un bon sprint dans les dunes me permirent d’arriver sur la plage juste à temps pour voir un gros soleil rouge plonger dans la mer. À l’horizon, des cumulo-nimbus dont la rotondité de la Terre ne permettait d’apercevoir que les sommets éclairés à contre-jour, dessinaient comme la sky line d’une ville lointaine et fantomatique. La marée descendante découvrait déjà une assez large bande de sable. À quatre cents mètres vers le sud, trois enfants faisaient voler un cerf-volant ; à cent mètres vers le nord, deux kite-surfeurs remballaient leur matériel. Dans un instants ils seraient partis.

Je marchai droit vers l’océan et comme à mon habitude, j’y fis quelques pas tout habillé. Je me penchai pour ramasser un galet par-ci, une coquille vide par-là. Je jouai un moment à me faire peur avec les trous d’eau, ces zones que la mer vient de découvrir où le sable est si gorgé d’eau que le pied s’enfonce et reste prisonnier si l’on n’y prend pas garde. Ne faire plus qu’un avec le paysage : y tremper les pieds et les mains, sentir l’odeur des embruns, écouter le fracas des vagues, goûter la salinité de l’eau, contempler l’horizon. Imaginer l’Amérique au-delà.

Je me retournai ; les enfants et les kite-surfeurs avaient disparu. J’étais seul. Au monde. Je criai quelques phrases qui se noyèrent dans le bruit des vagues. Aucun risque qu’un passant me prît pour un fou, il ne pouvait pas y avoir de passant, j’étais le dernier habitant de la Terre. La scène finale de La Planète des Singes me revint en mémoire. Me rappelant la toponymie du lieu, je m’attendis à voir apparaître la pointe de la torche de la Statue de la Liberté au détour d’une dune ; mais en guise de vestige d’une civilisation oubliée, ce fut un banal blockhaus allemand qui se profila à l’horizon.

J’eus l’envie d’écrire un message dans le sable mouillé. L’idée me parut extrêmement excitante qu’il pourrait être lu par n’importe qui mais ne le serait probablement pas parce qu’aucun quidam ne passerait jamais par ici avant que la marée montante ne l’efface. Hélas, je ne trouvai pas de phrase à graver dans le paysage qui me parût à la hauteur de l’événement.

L’irruption d’une famille de touristes mit brutalement fin à mon extase mystique. Je hais les touristes. Ça s’habille mal au prétexte que c’est en vacances, ça parle fort, ça n’a pas le sens du sacré, ça photographie les couchers de soleil au flash et ça n’a pas vu La Planète des Singes. Je décidai de rentrer à la voiture afin d’y attendre la faune interlope.

Bientôt la nuit fut assez noire. Je sortis faire quelques pas dans les dunes. À l’horizon est, une lune rousse partait à l’ascension du ciel. Mais l’endroit me parut totalement désert. Je ne croisai personne, à l’exception d’un type dont je ne sus dire sur le moment s’il était là par hasard ou s’il était en recherche d’un semblable. Certes, je ne vois pas trop ce qu’il aurait pu faire d’autre en pleine nuit dans un endroit pareil ! Mais d’un autre côté, s’il avait cherché un compagnon, il m’aurait probablement davantage dévisagé dans l’obscurité lorsque nous nous sommes croisés. Je m’en retournai convaincu que l’endroit n’était pas à la hauteur de sa réputation.

Je compris mon erreur quelques instants plus tard. Une voiture manœuvra sur un parking voisin et le faisceau de ses phares, en balayant le paysage, projeta furtivement une ombre chinoise sur le flanc d’une dune. Une ombre chinoise que j’identifiai immédiatement comme celle d’un mec se tenant debout, les mains sur les hanches, en train de se faire sucer par un autre mec à genoux.

Je me demande si l’un des deux était le gars que j’avais croisé. Ou bien si, encore perdu dans mes rêveries planéto-simiesques, je n’ai fait que fantasmer une scène inédite entre le capitaine Taylor et le docteur Cornélius. Il faudra que j’y retourne. Juste pour vérifier.

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Autoportrait (2)

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En classant mes archives, je retrouve cette jolie photo prise durant la même séance que celle-ci mais que je n'avais finalement pas retenue. (Il est possible que je publie quelques autres trouvailles ces prochains jours, au fur-et-à-mesure du rangement de mon disque dur…)

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La lenteur

Il y a quelques temps, j’ai vu passer sur twitter, n’ayons pas peur des mots, une vidéo de fellation parfaite. Si tu te demandes à quoi ça pouvait bien ressembler, c’est bien simple : c’est comme une fellation normale, mais en plus lent.

Il faut reconnaitre que sur cette vidéo, le pompé possédait un fort joli organe. Pas spécialement énorme (je te connais, tu confonds toujours la taille et l’esthétique), mais juste : joli, bien proportionné, ni trop droit ni trop courbe, ni trop gros ni trop long, avec un gland bien dessiné et un prépuce qui décalotte entièrement. Le genre d’organe qui quand on l’a sous le nez motive pour prendre son temps.

Ce que fit le pompeur jusqu’à l’extrême, puisqu’à l’inverse de ce qui se pratique habituellement, au lieu d’accélérer le rythme au fur et à mesure de l’avancée des opérations, il avait plutôt tendance à ralentir. Un peu au début. Puis de plus en plus. Encore et encore. Au point de s’arrêter complètement, une main à la base de la verge, le gland dans la bouche, lorsque sa victime atteignit le point de non retour. Et là, merveille, on vit ce sexe bien tendu agité de spasmes et de convulsions pendant de longues secondes, cependant que le pompeur, imperturbable, s’obstinait à ne plus faire un geste ; jusqu’à ce qu’enfin le sperme s’écoule par la commissure de ses lèvres.

Le problème avec la plupart des garçons, c’est qu’ils ne supportent pas la lenteur. Ils essaient toujours de gigoter, de mettre des coups de reins, ou d’attraper la tête du pompeur pour imposer leur rythme.

C’est précisément pour ça qu’il faut les attacher.

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Instruments de torture

À la fin du XIXe siècle, beaucoup de médecins croyaient que l’énergie vitale de l’homme était contenue dans ses spermatozoïdes. Chaque éjaculation emportait un peu de vie et rapprochait l’insouciant jouisseur de sa tombe. Le jeu en valait la chandelle quand il s’agissait de perpétuer l’espèce humaine ; mais c’était suicidaire quand il s’agissait de répandre sa semence en pure perte ! La Science confirmait enfin l’Église dans sa condamnation de la masturbation, l’homosexualité, et toutes les autres pratiques non fécondes que l’on peut imaginer.

Dans l’Angleterre Victorienne et dans la puritaine Amérique, des médecins affirmèrent doctement, cas cliniques à l’appui, que la masturbation rendait sourd, débile, rachitique, dépressif et conduisait à une mort prématurée ; puis ils inventèrent appareils et techniques pour s’assurer que les jeunes garçons ne risquaient pas leur vie en s’abandonnant à cette pratique.

1. Simple et efficace : un anneau avec des dents tournées vers l’intérieur, d’un diamètre étudié pour que les dents restent inoffensives lorsque le sexe était au repos mais pénètrent la chair à la moindre turgescence. Le Dr Freud qui théorisait la phobie du « vagin avec des dents » a dû adorer.

2. La fin du XIXe siècle, c’est aussi la domestication de l’électricité. Quoi de plus hype pour l’époque que le contrôle électrique des érections intempestives ! Des sociétés commercialisèrent alors des appareils permettant de déclencher une sonnerie d’alarme dans la chambre des parents dès que le sexe de leur enfant chéri dépassait un diamètre fixé à l’avance.

3. Autre instrument sadique, un étui en cuir dans lequel on fourrait le sexe du jeune homme et qui était attaché au pubis… par les poils. À la moindre érection, l’allongement de longueur tendait les attaches et arrachait les poils, causant une douleur suffisante pour chasser durablement toute pensée impure.

4. La cage de chasteté. Vieux comme le monde et indémodable. D’ailleurs, ça existe toujours, je me suis même laissé dire que certains adorent et s’y enferment volontairement. Les modèles actuels sont toutefois sûrement plus confortables (et adaptables aux différentes morphologies…) que ce modèle en laiton.

5. Aller tripoter le sexe de son fils pour y installer un anneau pénien, un détecteur électronique d’érection ou une cage de chasteté, c’est quand même gênant. Aussi certains médecins proposèrent tout simplement d’attacher tous les soirs les mains des garçons tentés par la masturbation. Par exemple dans le dos, ou bien à la tête du lit avec des menottes.

6. Les mesures coercitives, c’est bien, la prévention, c’est mieux. Dès le milieu du XIXe siècle, les Presbytériens suggérèrent que manger des aliments fades et peu épicés devait faire perdre au corps l’habitude du plaisir des sens et par extension, le goût du plaisir charnel. C’est ainsi que le révérend Graham inventa ses crackers et que le Dr Kellogg inventa ses corn flakes. Et c’est vrai qu’en regardant un bol de grains de maïs soufflés, on n’a pas trop envie de se branler.

Ce qui est intéressant, c’est que la répression du plaisir est aujourd’hui une pratique SM répandue, et ça ne devait pas être différent à l’époque. Je vois passer tous les jours dans ma timeline twitter des photos de pratiques bien plus terrifiantes que les appareils ci-dessus ! On peut donc se demander à quel point ces mesures, au lieu de ramener les jeunes garçons sur le droit chemin de la sexualité reproductive, ne les ont pas au contraire encore plus excité et poussé vers davantage de déviance…

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